Je me suis souvenue d'une chose qui s'est passée durant mon année de troisième. Ca m'était complétement sorti de la tête, mais depuis que je reprends le car, j'ai l'impression que certaines zones de ma mémoire se débloquent. Ce souvenir n'est pas vraiment mauvais. Je le trouve même banal.
Ca s'est passé dans le car, le matin. Comme presque tous les gamins, nous avions des places attitrées: les plus petits devant et les grands au fond. Ma place personnelle était deux rangs avant la fin à gauche. Un jour de grève, je me suis retrouvée la seule collégienne à prendre le bus avec les primaires. Ceux-ci, bien sûr, ont sauté sur l'occasion et se sont précipités au fond. Un gamin s'est installé à ma place et m'a regardée arriver avec un air de défi. Si ç'avait été maintenant, j'aurais haussé les épaules en riant et je me serais installée à l'avant du car. Mais à l'époque, ma seule réaction a été de fusiller le gamin du regard et de le virer de "ma" place.
Après coup, je me suis trouvée bête mais sur le moment, je n'ai vu qu'une chose: ce gosse avait envahi mon espace. Pour moi qui n'avait presque plus rien au collége, je préservais n'importe quel espace où je pouvais me sentir bien. Bizarrement, cette place en faisait partie. C'est fou ce qu'on peut se sentir obligé de protéger quand on est acculé. Une simple place dans un bus, et un gamin a failli se faire frapper.
"Le dernier endroit à visiter, c'est la tanière d'un loup blessé."
(Tan Wua- La fleur de chagrin éclot sans bruit)















